Nous avions été invités à un roof top, littéralement un des plus beaux points de vue sur la ville, en haut du cimetière de la Gloire, d'un immeuble plus haut que les mâts émetteurs de Radio Occitanie et TowerCast juste à côté. D'ailleurs, nous étions à 3 mètres du nodal mesh du réseau hertzien de Tetaneutral.
Si l'immeuble accuse son âge, et ses poutres en bétons dangereusement basses pour moi, l'ambiance est étonnante, avec un soupçon de vent sous la toiture. Outre celui qui a invité le Tetalab à s'y délocaliser pour la soirée, les habitants légitimes montent et une joyeuse ambiance pointe spontanément. Les discussions vont et viennent avec les amis trop peu vus. Le matériel est mis en place, s'échange des tips, des lunettes et des boissons fraîches, tandis que chacun tente de reconnaître les immeubles remarquables de la ville, heureusement pas encore lardée d'une Tour Occitanie
, la fameuse Tour Moudenckiki (CENT CINQUANTE MÈTRES EN ÉRECTION) dont personne n'en voit l'utilité sinon soigner un ego sensible qui ne souffre pas d'être ombragé.
Entre qui a amené un chouette stock de lunettes protectrices d'excellentes qualités, qui des filtres pour smartphones et objectifs photos, qui une camera obscura maison (une boite à chaussure pour moi, un petit trou d'épingle, et hop), qui un appareil argentique, qui d'autres amis.
Quels souvenirs a-t-on de la dernière éclipse totale, celle de 1999 ? Je serais bien incapable de m'en souvenir, tiens, et je ne suis pas le seul. Parait qu'il y fit bien plus frais et qu'elle fut totale, normal pour un gouvernement de cohabitation républicaine.
La lumière baisse, les oiseaux volent de plus en plus bas, on ré-explique pour la 8ème fois à la voisine que non, il vaut mieux qu'elle utilise nos lunettes protectrices que son empilement de 4 paires lunettes de soleils (! et elle insistait pourtant !). Perso, je montre à une des occupantes de l'immeuble comment utiliser le filtre solaire avec son téléphone en débloquant tous les réglages en manuel, devant un collègue du Tetalab dégoûté de n'avoir ces modes avancés.
Devant nous s'étale quasi toute l'agglomération toulousaine dans son majestueux entrelacs de bâtiments en briques oranges, d'immeubles modernes, d'une roue incongrue sur la rive gauche et de bélugas qui se posent majestueusement pour se nicher à Blagnac. Devant nous, le ciel est orange apocalyptique, digne de « Blade Runner » avec la chape d'humidité et sa pollution. Tandis que derrière nous, la vue sur Balma est d'un bleu transparent jusqu'au Tarn.
Tout le monde met ses lunettes comme pour un blockbuster en 3D, ouvrant pop-corns et (avantage sur les multiplexes) bières légères.
C'est durant ce moment où les oiseaux sont tous sur le tarmac, où même les scooters arrêtent de vrombir tellement qu'ils sont impressionnés par le spectacle et où tout le monde retient son souffle devant la stupéfiante beauté du spectacle cosmique que le poète prévoyant alerte les badauds au cas où.
Mais la foule est ingrate.
La prochaine éclipse solaire visible sur le territoire métropolitain sera une occultation partielle moins impressionnante et comme par hasard le 2 août 2027, jour de mon anniversaire. JDÇJDR.















