Il est des emplois un peu magiques dans la mythologie de la Bande-Dessinée. Comme par exemple photographe de Tintin (il est bien censé être reporter, non ? Alors qui prend les photos pour illustrer ses papiers ?) ou encore concessionnaire Ford garagiste attitré de Gaston Lagaffe.

En lisant un livre paru en France depuis plus d'un an (« Gotham Central #2 », collection Semic Books, Semic éditions [PS]), j'ai découvert la vie professionnelle de Stacy, esquissée dans une très belle nouvelle : « Rêveries et tristes réalités » (scénario de Ed Brubaker et dessins de Brian Hurtt).

Le lieu de travail de Stacy est la section criminelle de la GCPD. Non, elle n'est pas flic, enquêtrice de terrain, agent infiltré ou planton. Pas du tout. L'intitulé de son poste est secrétaire de réception, ce qui tient à la fois de l'administration de paperasserie, de la réception de coups de téléphones, et d'accueillir à l'entrée dans un service où les clients sont très rarement contents.
Ce qui est plus curieux, c'est son statut : Elle est intérimaire permanente. De fait, elle travaille pour la mairie de Gotham, mais ne fait pas partie de la liste des employés. Pas d'avantages sociaux, et je vous parle pas de la sécurité de l'emploi. Dans l'un des services les plus sollicités d'une ville très criminogène, même dans les normes des grandes mégapoles américaines. Plutôt incongru (vous savez combien ça coûte, un intérim ?) alors que la mairie en pleine crise financière fait des économies, par exemple en supprimant les heures sup' des inspecteurs...

Stacy semble être à ce poste depuis des années, puisqu'elle a connu le commissaire Gordon, avant qu'il prenne une retraite bien méritée. Faut dire qu'une légende urbaine veut que sa tâche aie été grandement aidée par un justicier du nom de Batman. Mais sa successeuse, la capitaine Maggie Sawyer, a toujours maintenu qu'il ne s'agit que d'une fable, bien pratique pour faire peur aux personnes mal-intentionnées quand la célèbre silhouette se découpe sur un des gigantesques gratte-ciels de downtown. Le Bat-Signal, un très puissant spot lumineux à découpe, digne d'une projo d'avant-première de blockbuster à Broadway, posé sur la terrasse de l'immeuble du GCPD (en France, on dirait “Hôtel de police”). Et qui depuis la retraite de Gordon balaie très rarement les cieux lourds de Gotham.

Quel est le rapport entre le Bat-signal et Stacy ? Une bête question juridique. Stacy donc travaille au sein de la GCPD-Crime, et donc sous les ordres du capitaine Sawyer, mais elle n'est pas employée par la mairie. Or celle-ci et ses services de police ont perdu un procès car le commissaire Gordon avait allumé le Bat-Signal, envoyant aux trousses d'un délinquant ce justicier cinglé qui n'a évidemment pas vraiment respecté les droits du suspect. D'où invalidation des aveux, poursuite pour abus de justice, voies de fait, etc... La police n'a pas à faire appel à un auxiliaire si celui-ci ne respecte pas la Loi. Donc elle a fait appel à une agence d'intérim pour un poste de secrétariat, celui de Stacy.

Son job, c'est allumer le Bat-signal.

Bon, voilà, ça fait une chronique originale et marrante sur l'un des thèmes les plus mythiques de la BD. La prochaine fois, faudrait que je parle du couturier du slip de Superman, du coiffeur de Son-Go-Ku ou de l'agent d'assurance de la compagnie Womok.


Post Scriptum : Attention, la série est passée chez Marvel/Panini France, avec une renumérotation.
Cette histoire courte de 22 pages sur un des “figurants” rend vraiment accro à ce magnifique spin-off. La série « Gotham Central » a reçue en 2004 un Eisner Award du meilleur scénario de série très mérité, digne des meilleures séries tv policières américaines.