Ceci est une partie du script de la release Ex0077 du programme CPU, Maxi, diffusé le Jeudi 1/3 à 11h. Plus d'infos sur le site de l'émission.
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Bonjour à toi, Enfant du Futur Immédiat, toi qui voudrait un pot de glace encore plus gros que ton ventre, petit gourmand !

Dans un précédent épisode, nous parlions de réduire les dimension d'un appareil sans réduire ses fonctions ; aujourd'hui, on va te conter l'inverse.
Dans les années 1980s, t'étais in quand tu exhibais ton radio-cassettes à piles. Et si celui-ci aurait dû se réduire en dimension, il connu brusquement l'effet inverse pour devenir un engin de plus en plus gros. On l'appela alors le Ghetto Blaster, ou encore le Boom-Box.
Ouais, gros ! Ça faisait gros, donc ça faisait plus puissant.
Sauf que quand tu l'ouvrais, tu avais

du vide…

Comme je l'ai dit dans l'émission consacrée à la miniaturisation, j'ai eu une époque où j'ai pu travailler sur du matériel audiovisuel professionnel.

La joie de toucher pour de vrai LA cassette Betacam SP : Une cartouche à bande immense, noire, rectangulaire, aux dimensions du divin Monolithe de « 2001, l'Odyssée de l'Espace », et si solide que tu pouvais manipuler d'une manière sûre et franche car elle n'était pas prête de péter. LE bidule des vrais pros de la télé, un vrai engin de professionnel, le genre matos lourd de chantier BTP à bétonner une 4 voies, qui fait passer ta VHS de l'époque pour un râteau de château de sable.
J'étais touché par la Grâce des Dieux.

Enfin, j'étais heureux jusqu'à ce qu'on me demande une saison complète des « Power Rangers time Force »…
oui... j'ai appelé ce sentiment la frustrajoie.

(montrer ostensiblement à Anthony l'étiquette de la cassette marquée XMD se ridiculise)

Mais revenons à nos jouets de pros : J'eusse à travailler sur un Sony ES-7, une station de montage vidéo informatique.
Imagine une pile de gros boitiers, un peu comme des appareils de chaine Hi-Fi, mais en beige et qui pouvaient se racker dans les baies 19″. Donc 43 cm de côté, et idem en profondeur et sur ce carré sacré, tu empilais sur le gros cube PC, l'étage lecteur Betacam, le boitier lecteur enregistreur DVCAM-Pro,.... Et des boitiers de disques durs.
À l'arrière, chaque boitier de disques durs avait une imposante connectique, 4 très grosses prises SCSI. Chaque boitier était relié au précédent par deux de ces gros câbles qui pèsent 1 kg chacun.
Ah j'étais content d'avoir ça ! Cette tour faisait professionnel avec ses 1 m20 de haut, télé incluse, soit 2 m donc posé sur mon sur mon bureau, mais je me trimballais une caméra plus vieille pour aller filmer.

Vint un jour où, pour rire, on a décidé d'ouvrir un de ces boitiers disques dur.

Et là, la très grosse déception : Ils faisaient 15 cm de haut, mais à l'intérieur, on avait une toute petite carte contrôleur et deux disques durs en 5″¼ (soit 15 cm de large, 2.5 cm de haut, 20 cm de profondeur)... Faites le calcul  : 27 700 cm³ de volume de boitier, pour 1 500 cm³ de disque et électronique.
En gros, ton chef était très heureux d'avoir acheté un très gros boiter, et 90% d'espace vide dedans.

Beaucoup plus récemment, la radio avait un compresseur en panne. En radio, un compresseur (de dynamique audio), c'est l'engin qui évite que le son sature, et que la faible voix d'Anthony semble presque au même niveau que celle de Pia tandis que la mienne ne sature pas.
L'appareil que nous utilisons le plus à Radio <FMR> est un Autocom Pro-XL de chez Berhinger. C'est un best-seller depuis 20 ans, qui sert aussi bien en bar, en discothèque et donc chez les radios locales.
Il se trouve que j'en ai un. Oui, ici, dans notre studio improvisé. Le beau bébé fait 2 kg sans sa câblerie. En fait, j'en ai deux, un intact, un dont j'ai ouvert le généreux boitier en alu (de 19″, qui l'eut-crû ?) pour en extraire la partie électronique… et on a… deux petites cartes d'une largeur de 2 cm et 30 cm de long, 355 grammes en tout.
wi wi wi… Regarde par toi-même :

L'Autocom Pro-XL, dans toute sa splendeur, prêt à être racké, et pesant ses 2 kg.
La partie réellement fonctionnelle de l'Autocom, les deux cartes qui sont fixées sur les deux façades. Entre : que du vide (outre les cables).

Tout récemment, j'étais salarié d'une entreprise qui publie une application mobile pour consulter des journaux. Les journaux leur sont fournis en document PDF. Format peu pratique sur smartphone, mais universel chez les imprimeurs. En Europe Du Nord, les journaux passent de plus en plus à l'édition purement numérique, abandonnant le papier et le PDF dans la foulée.
Et chacun des journaux en question nous fournissait son SDK, un kit de développement logiciel qu'il fallait intégrer à notre application. Pour donner une idée, dès le premier SDK intégré, la taille de l'application finale doublait.
En analysant le SDK dudit quotidien nordique, on y trouve les SDK de 4 à 5 régies publicitaires différentes, un player vidéo, des polices de caractères et un inventaire à la Prévert.... Le SDK du deuxième journal répétait presque les mêmes inclusions, à 1 à 2 régies publicitaires et traceurs indiscrets prêts, et cætera…
On allait très vite se retrouver à intégrer 6 fois les mêmes bibliothèques, sans avoir le droit d'optimiser et de combiner les briques des SDK entre elles, de part le contrat de reprise avec l'éditeur du journal.
De toutes façons, les smartphones ont maintenant 64 Go de stockage mini, alors pourquoi se casser la nénette ?

Oui, le problème d'avoir beaucoup d'espace libre entraine un tic :

le gros-billisme

Gros-Bill était un parisien joueur de Jeu de Rôle au début des années 1980s ; son rapport au triptyque Porte-Monstre-Trésor consistait à s'accaparer un maximum de ressources, sans même en avoir une réelle utilité. Il fut défini ainsi dans la revue spécialisée Casus Belli : la cervelle du canari et la puissance de feu du porte-avions nucléaire. Et son surnom est devenu la désignation péjorative de ce stéréotype d'antijeu.

Mais Si vis pacem, .357 Magnum, (l'arme de poing la plus puissante mais l'Inspecteur Harry n'est pas d'accord avec moi)....Et quitte à parler d'armement lourd, je vais te raconter une ultime anecdote, mais mortelle, celle-ci :

Un développeur travaillait chez un fabriquant Américain de missiles air-sol. Vous savez les fameuses bombes intelligentes, capables d'exploser un hôpital sans toucher aux usines alentours.
Donc la bombinette utilise un GPS et le guidage laser pour son informatique embarquée. Le développeur expert en systèmes embarqués s'était rendu compte qu'il y avait un problème de fuite de mémoire dans les programmes. Il avait calculé qu'au bout d'une minute un logiciel crashait forcément faute de mémoire disponible.
Donc il s'en ouvre à sa hiérarchie et à ses collègues, sur la nécessité absolue de corriger ces multiples fuites de mémoire pour assurer la qualité logicielle de ces bombes volantes.
Son supérieur hiérarchique trancha le débat : « Bof ! Au bout de 30 secondes, soit le missile a atteint sa cible, soit il tombe à court de carburant. Le système ne tourne jamais 1 mn. Par sécurité on va doubler la RAM, cela nous donnera de la marge. Quant au prix, le Pentagone règlera rubis sur l'ongle. »

Est-ce que cette histoire est vraie ?
Disons que l'information sur sa véracité est secret-défense, je devrais tuer qui pourrait en douter. Tout ce que je peux dire, c'est que Saddam Hussein se retrouva bombardé avec 4 Mo de RAM au lieu de 2 Mo, ce qui augmentait le prix du missile de 2 000 $ (sur environ un demi-million de $).

Overkill.

Enfant du Futur Immédiat, le manque d'optimisation logicielle fait que nos ordis, nos smartphones ont besoin de plus en plus de mémoire, de puissance processeur, de capacité de batterie et de débit réseau. Or bien souvent, le problème vient d'une paresse d'ingénierie en amont.
Une économie de développement qu'on paie au prix fort tous les jours.

Bonus

Pia Pandelakis.
Anthony Masure.