Seconde partie et fin du dossier entamé hier. Si vous avez sauté la première partie, retournez la lire, car elle explique déjà bien des choses. Après l'initiation aux deux formats universels des codes-barres 2D (Data matrix et QR code), voyons si ça marche vraiment, quels en sont les marchés. Mais surtout si c'est vraiment intéressant le Flashcode...

Et pourtant, ça tourne !

Les 3 opérateurs mobiles Japonais se livrent une guerre technologique sans merci, chacun avec sa “norme” privée. Un téléphone de chez DoCoMo ne pourra jamais utiliser le réseau SoftBank, idem pour les sites mobiles : Quand tu as fini de faire ton i-mode avec tes emojis, tu peux reprendre à zéro pour ezWeb. Je m'y suis longtemps frotté, et faut aimer coder un peu roots.
Sauf que là où ces 3 opérateurs ont été intelligents, c'est qu'ils utilisent tous le même standard en code barre 2D : QR code. Résultat, c'est une déferlante depuis 8 ans :

Ici est insérée une publicité pour l'opérateur NTT DoCoMo. Elle est visible sur sa page Youtube

Ouvrir une revue, regarder une affiche, la tv (pendant les pubs ou les programmes), un menu de restaurant, à côté d'une œuvre d'art, un packaging ou même pour des raisons largement plus vitales, il n'est pas rare de trouver un QR code, qui envoie vers une page web idoine. Nettement moins intrusif que le « bluetooth spam » (mais si, les « affiches intelligentes » qui faisaient sonner vos téléphones), les gens vont sur le site car ils sont intéressés, pas parce qu'on les a... sollicités agacés.

Et comme le QR code encore une IRI en clair, “flasher” une de ces pubs avec votre iPhone européen ne posera aucun problème : vous pourrez le lire.

Mais pourquoi les collectivités locales sont à fond dedans ?

Ben tout simplement parce que ces collectivités ont réussi à transformer leur site web en véritable source d'information, et que quitte à être une collectivité locale, associer un lieu à une URL IRI, et donc à un QR code (ou Data matrix) permet de donner des informations très contextuelles : bibliothèque la plus proche, programme d'un espace culturel, horaires de bus et bulletin du quartier.
Et comme toutes les grandes collectivités territoriales font pareil, il est facile de comparer chez les autres, et de sanctionner aux échéances électorales suivantes. Pour rappel, on a les Régionales cette année.

La RATP explique déjà mieux (hélas dans un discours trop institutionnel) ce que le mobile tagging est censé amener.

Sauf qu'il y a un truc : Flashcode™, c'est de la grosse merde

Ce que des boîtes de com' appellent “Flashcode™” est en fait un Data matrix qui encode non pas une URL IRI, mais un index dans une base de données, attribué par un consortium, l'AFMM. Ce qui veut dire que vous n'êtes absolument pas libre de créer un “Flashcode™”, qu'apparemment cette base n'est consultable que via un réseau mobile en WAP, mais qu'en plus, vous êtes tributaire des ratés de la gestion de cette base. On est en opposition directe entre le modèle télécom d'une économie centralisée et celui d'internet où tout le monde peut participer.

Et si vous aviez compris l'intérêt du code barre 2D comme étant possible d'y encode une IRI, en se passant joyeusement du répertoire central boulet du code-barre basique... Vous comprenez aisément pourquoi le “Flashcode™” est condamné à mourir : L'application MobileTag™ qui lit le “Flashcode™” ne passe pas directement l'IRI lue au navigateur, mais doit interroger un répertoire central géré par l'AFMM, lequel redirige vers la bonne adresse. Or pour s'inscrire dans leur base, leur service n'a rien de gratuit : il vous en coûtera 200€ HT/mois à vie ! Belle rente... Si vous pestiez sur les adresses raccourcies qui empêchent de lire directement l'adresse renvoyée, vous comprenez en quoi le “Flashcode™” peut être à la fois comparé à un stupide retour en arrière mais aussi comme une belle épée de Damoclès.

Comble de la bêtise : L'application qui lit les Flashcode™” n'existe et n'existera qu'en France. Oui, on a encore affaire à une norme Franco-Française morte-née comme les phares jaunes, le 819 lignes, le Radiocom 2000, le BeBop, le clavier Azerty, et le format national RNT.

Flashcode = Mr. Hankey, le joyeux caca Noël (pour infos, le logo signifie « 5412082001000155 »)

Eh, les mecs, vous savez ce qu'est un standard ? Un truc, tu le fais UNE fois, ça marche PARTOUT. Vous vous souvenez pourquoi le Wap1 n'a jamais pris ? Pourquoi le Wap2 s'effondre ? Parce que chacun faisait à sa sauce, et qu'il était impossible de faire un truc qui marche à tous les coups, quels que soient le modèle, la marque du téléphone, l'opérateur et le pays. Vous ré-inventez le Wap1 avec votre Flashtag™ : Ça peut pas marcher parce que vous avez voulu fermer un standard déjà ouvert. Bref, c'est un plantage garanti !

Et toutes les collectivités, entreprises qui passent par vous foutent l'air un fric incroyable pour un retour nul. C'est fou ce que « mobile » est un appeau à bêtises : La visiophonie, le TLD .mobi, la radio numérique, la télé mobile, le push-to-talk,...

Conscients d'une telle limite malgré leur cynisme commercial, l'application proposée pour lire les « Flashtags™ » peut désormais lire les Data matrix et QR code standards. C'est un premier pas, mais un cache-sexe pitoyable : Si l'application embarquée qui flashouille un Flashtag™ n'est pas MobileTag™, justement, eh bien, il sera incapable d'aller sur la bonne adresse. Résultat des courses : entre les éditeurs de solutions concurrents de mobile-tags propriétaires, cela va être une course au plus rapide mais dans tous les cas, un sacré bordel.

OK, je suis convaincu, détruit ce qui reste de ton glaçant pragmatisme

Maintenant, restons dans les faits .

Première évidence : un QR code ou un Data matrix, ça marche que si un téléphone portable a un appareil photo. Deuxième évidence : que le mobile soit correctement paramétré web (normalement, ça, c'est fait). Troisième évidence : que ledit mobile embarque l'applicatif qui décode ces petits glyphes.

Combien de téléphones portables européens reconnaissent d'entrée un QR code ou un Data matrix ?
Si vous avez un Nokia en milieu de gamme, il vous faudra télécharger l'application idoine. Idem sur Iphone, idem sur Sony Ericsson, Palm, etc... chez tout le monde !
Alors pourquoi au Japon ça marche d'enfer ? Parce que par défaut, tous les photophones au Japon embarquent d'usine une application qui lit directement les IRI dans les codes-barres 2D.
De ce côté-là, le french-french consortium Flashcode™ tente d'occuper le terrain et propose de charger leur application lectrice propriétaire contre l'envoi d'un SMS+, non-surfacturé, encore heureux... À leur décharge, il faut reconnaître qu'ils ont eu l'idée non-conne de chercher la solution la moins compliquée.

Le QR code et le Data matrix, c'est une idée technologique extrêmement intéressante, très bien implantée au Japon depuis 8 ans, mais qui va complètement tomber à l'eau tant que le logiciel lecteur n'est pas inclus par défaut, et même mieux : vu par l'appli photo du téléphone portable.

Les téléphones portables doivent aussi faire leur révolution côté systèmes : mieux accepter les navigateurs tiers (je parle pas des moteurs recarrossés, je parle de vrais tiers entre Firefox, chrome, safari, opera,...) car une vraie concurrence accélèrera la qualité des navigateurs mobiles, mieux prévoir un système d'abstraction pour qu'une application puisse envoyer une URL IRI à afficher selon le choix prévu du navigateur. Et que les navigateurs prévoient une entrée d'URL IRI par code-barre 2D, ce qui veut dire exploiter le capteur vidéo des mobiles.

Les codes-barres 2D doivent encore être adoptés par le grand public, qu'ils pensent à sortir “spontanément” leur téléphone portable pour les lire, et c'est là que je me gausse, c'est que, comme on l'a vu plus haut, le QR code est nettement plus reconnaissable que le FlashCode poussé par les grosses agences de comm' aux collectivités locales. La meilleure preuve, c'est qu'ils se sentent obligés d'encapsuler les Flashcodes™ dans des cartouches en précisant bien leur nom commercial et en indiquant à côté le numéro d'identifiant, ce qui est quand même un aveu d'impuissance.
En résumé : ils ont vendu un truc qu'ils n'ont pas réfléchit du côté utilisateur.
Vu le prix et les moyens, je fais le pari que leurs pixel-arts a été « très bien vendu ». On fait le pari que le coût effectif de chaque visite coûtera quelques dizaines d'euros ?

Vous pensez que je suis un indécrottable sceptique ? Si vous me croisez, n'hésitez pas à demander à voir ma carte de visite :)


Au cours de mes recherches pour ce billet, je suis tombé sur cet excellent blog : Reconnaissance optique via smartphone, qui a l'immense avantage pour la plupart d'en vous d'être écrit en très bon Français. Merci à lui pour les informations complémentaires que j'y ai lu.

Essayez de bien renseigner vos URL IRI persos dans les commentaires, je vais systématiquement y ajouter les QR code correspondants. Ça sert à rien mais c'est pour le fun !